Vincent PISANI et l'Orchestre Philharmonique de Philippeville
par Gislaine PARODI-CANIVET


    Les photos sont si belles, que j'ai choisi d'en présenter une par page.. Cliquez donc sur la photo pour la voir en grand. Si, dans les photos plus récentes, vous reconnaissez du monde, signalez le. S.G         Autres photos

à Blida Années 50 : Mairie
1933:Ravin des Lions
1925

    Mon grand-père Vincent Pisani est né à Philippeville en 1883. Ses parents Antoine Pisani et Marie Xerri sont d'origines maltaises.. Antoine est arrivé en Algérie à Bône le 14 mars 1860 et Marie est née à Philippeville en 1862.
    Papi fut cheminot au chemin de fer algérien et plus précisément chef de manutention à la gare de Philippeville, puis directeur de la société Carmichaêl se situant dans le port. Il avait une grande passion… le tambour… C'était un talentueux musicien et, les photos trouvées sur les albums montrent que ses déplacements étaient fréquents. Il se produisait alors sous sa propre formation ou avec d'autres groupes.
    Voici en copie, une partie du chapitre intitulé "Mon grand-père"du livre que j'ai écrit sur notre vie à Philippeville et dont j'ai réalisé 8 exemplaires pour ma famille.

    Papi faisait partie de l’orchestre Philharmonique de Philippeville. Il possédait tout un attirail merveilleux et j’étais très fière lorsque j’étais avec lui. Outre son impressionnante grosse caisse et son tambour il avait toute une série de petits instruments dont il me montrait bien sûr le fonctionnement et qu’il me permettait même d’essayer de temps en temps. La seule chose qu’il m’interdisait toujours c’était de toucher à ses tambours. Ils ne pouvaient être manipulés que par lui.
    J’ai participé à grand nombre de ses répétitions qui se déroulaient dans une grande salle pas bien loin de chez moi. Toutes les fêtes et les bals en hiver se passaient là. C’était le seul endroit à Philippeville où il devait y avoir un sol recouvert de lattes de bois. C’est sur ce parquet que minuscule j’effectuais mes premiers pas de danse. J'adorais le rythme la musique, la danse.
    Il y avait naturellement aussi, des manifestations en extérieur. Sur la place Marqué se trouvait un kiosque à musique rien que pour çà ! Les journées tièdes et douces ne manquaient pas et la foule était toujours nombreuse en ce lieu de réunion que chacun aimait à retrouver après son travail ou après le lycée ou le collège pour les plus jeunes. Cela amenait un brin de gaieté supplémentaire et les bavardages ces jours là étaient un peu moins importants!...Tous les musiciens étaient alors en tenue d’apparat et les cuivres étincelaient ! Et puis, pour les circonstances exceptionnelles, il y avait encore plus solennel: Le théâtre. Là, je me souviens qu’il y avait une toute autre dimension, et, l’orchestre s’épanouissait mieux encore. Nous étions alors en plein centre ville dans un superbe édifice devant lequel stationnaient toujours des calèches. J’ai toujours imaginé les grandes dames arrivant dans cet équipage, dépliant tous les jupons de leur large robe pour gravir dans leurs plus beaux atours les marches menant a u théâtre; mon musicien préféré, lui, avait sans doute connu cette époque. Des représentations étaient encore données régulièrement. C’était là, le temps de mes toutes premières années, dans une Algérie en paix !

1933:Cheminots

Marqué Jazz

    Mais, revenons dans « notre » maison : Les baguettes de tambour étaient toujours en lieu sûr et pourtant toujours à proximité des mains de mon grand-père ; Le tambour rythmait sa vie, les cymbales le triangle représentaient les points de ponctuation. Les baguettes dansaient dans ses mains, cela paraissait très simple et pourtant impossible de seulement les tenir de la même manière que lui ! Pas étonnant d’ailleurs puisqu’il a été le meilleur batteur d’Afrique du Nord !
    Je me contentais donc de roucouler en soufflant dans les queues de petits oiseaux de porcelaine brune remplis d’eau. Il y en avait plusieurs qui émettaient des chants différents.
    L’antre du musicien contenait aussi un piano qui était là, pour sa fille. C’était de toute manière un instrument plus adapté a la gente féminine!! J’exerçais donc mes petits doigts et très vite Papa et Maman ont pris la chose plus au sérieux. J’avais un bon exemple mais cela n’a pas suffi à me donner le virus de la musique. La passion est nécessaire dans ce genre d’engagement et je manquais à l’évidence de talent et de courage ; ma carrière fut donc très limitée!! Le virtuose de la famille sera Vincent Pisani.

    Pour terminer, je rajouterai qu'en 1962 le départ fut pour lui un déchirement. Plus de musique et de réunions pleines de bonheur…il lui restait seulement de merveilleux souvenirs, et, je pense, la satisfaction d'avoir à sa manière, en son temps, contribué à l'épanouissement de la culture musicale de son pays, l'Algérie . Je suis certaine que son étoile accompagne aujourd'hui son dernier descendant né à Philippeville… Christophe a hérité de son talent… Si vous voulez en savoir plus, allez voir son site !


Gislaine PARODI-CANIVET : Octobre 2004             Pour lui écrire : cliquez

07décembre 2004 Gislaine nous a envoyé ce petit message : "J'ai perdu encore un peu davantage de mon Philippeville cette semaine. Ma grand-mère Alphonsine Pisani ( née Diméglio ) est partie rejoindre ses aïeux... Elle allait avoir bientôt 99 ans, et depuis quelque temps nous nous attendions à sa disparition. Je garde en moi son sourire et sa force de caractère qui l'ont toujours accompagnée."

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