06 Septembre 2004, Yves nous envoie cette "Pêche aux Figues" ... du figuier... quoique la technique puisse s'adapter aux figues de Barbarie.. qui complète merveilleusement les récits que vous avez envoyés précédemment, notamment le dernier d'André Russo. Je vous le livre tel quel, et nous essayerons ensuite de l'illustrer.. S.Granger
Tout d’abord merci à Suzette GRANGER d’avoir repris le flambeau allumé par Marcel-Paul DUCLOS et d’assurer l’existence d’un site qui fait renaître des souvenirs qui se perdraient s'ils ne devenaient mémoire..
Evoquant nos rues des images et des sons me sont revenus et, pittoresque souvenir d'enfant je vous livre celui de la Pêche aux figues. (04-09-2004)
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Mais revenons à notre pêche. Nous revoici donc au haut de la rue d’Austerlitz avec à gauche la Goutte de Lait, en face la Gendarmerie et la Prison qui occupe l’espace entre la rue du Ravin et la rue d’ORLEANS. A droite, des escaliers,
qui, en trois ou quatre volées de vingt-cinq à trente deux marches* rejoignent le carrefour avec cette rue d’Orléans. Les premiers immeubles numérotés de la rue ouvrent donc, en face de la gendarmerie puis de la prison qui lui fait suite, dans ces escaliers.
Ceux-ci laissent un espace entre eux et le mur de celle-ci. Cet espace est occupé par un jardin.
La dernière marche de ces escaliers donne sur le trottoir du carrefour de la rue Pasteur, de la rue d’Orléans et d’une troisième rue, dont je n’ai jamais su le nom tant elle m’était familière, qui longeant le mur de derrière de la prison, rejoignait la rue du Ravin,
formant un triangle dans le quel s'inscrivait la prison et la gendarmerie.
Rue Pasteur et rue d’Orléans se coupent à angle droit. La rue d’Orléans arrive par des escaliers, puis après le carrefour et un bout de rue rejoint de nouveaux escaliers suivant les habitudes militaire de construction. Toutes les artères qui ne sont pas parallèles
se coupent forcément à angle droit. Cette conception de l’architecture urbaine a valu à la ville un grand nombre d’escaliers et … de “ descentes ”.
Vous souvenez-vous des “ descentes ” ? Chaque escalier est composé de marches, bien sur, encadrées de rampes et flanquées de part et d’autre de caniveaux d’évacuation des eaux, la plupart suffisamment larges pour permettre des glissades mémorables. Qui se
souvient des luges improvisées dans des morceaux de carton ? Et des après midi de vacances à faire des glissades dans les caniveaux ? Qui se souvient des horions et des bleus et des fonds de culotte déchirés ?
Enfin, “ remontons ” sur le trottoir du carrefour rue Pasteur – rue d’Orléans.
La rue Pasteur se poursuit en montant doucement jusqu’au terrain vague devant l’Hospice, bordée d’immeubles dont ma mémoire ne retrouve pas d’histoire et de murs de jardins. A gauche de la dernière marche la rampe se prolonge et vient finir dans le mur de la prison.
Elle protège des chutes dans le jardin en contre bas. Le mur de soutènement, à-pic immense à mes yeux d’enfant, est fait de gros pavés avec en plein milieu un vide, un manque en forme de fenêtre de cathédrale. De ce vide sort un figuier au tronc en hameçon.
Ses branches les plus hautes sont au niveau des pieds des passants. Son feuillage ombrage le mur en contre bas. Les figues sont noires avec une pulpe rouge que l’on voit quand la figue éclate ou au travers des trous fait par les oiseaux qui viennent se régaler.
Alors .. qui veut des figues ? Il faut se munir d’un roseau ou d’un bambou assez long et, indispensable, de la ficelle ou du petit fil de fer. Pour le reste il existait deux écoles: l’une dite "de la boite de conserve", vide bien sûr, ni trop grande ni trop petite,
et l'autre dite "de la caillasse" Les tenants de chaque technique se gaussant d'ailleurs, abondement des échecs de l'adversaire. Quoiqu'il en soit pour la boite de conserve il faut en aiguiser un peu le bord pour le rendre coupant. .
Pour la caillasse il en faut une à la dimension de la figue que vous viserez. Fendez un peu l’extrémité de votre canne en sorte de l'ouvrir en forme de doigts, glissez, ou la boite de conserve ou la pierre entre les brins et ficelez convenablement
pour maintenir ouvert l'extrémité de votre canne. Là, vous avez compris ? Vous voilà prêt ? Repérez soigneusement un figue sous une feuille, glissez délicatement votre matériel entre les branches, introduisez avec tact la figue dans la boite ou dans la fente du roseau selon
l'école à la quelle vous appartenez, remontez un peu, positionnez vous, non ne vous penchez pas sinon toutes les grands-mères de la rue vont se mettre à la fenêtre pour vous traiter de quelques noms d’oiseau, et .. un coup sec. Vous l’avez ratée ? Elle a glissé hors de la boite ? …
recommencez. Et si vous n’en mangez que quelques unes cela fera toujours un bon souvenir.
Souvenirs d’enfant qui reviennent avec leurs brillances et leurs zones d’ombre. Qu’y avait-il d’autre de notable dans cette rue Pasteur ? Et la rue d’Austerlitz ? Elle m’a toujours paru animée et pourtant ma mémoire me paraît bien figée maintenant …
D’autres se souviendront peut-être et raviveront mes souvenirs.
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Notes d'Yves PIC
Autres techniques : Certains de nos lecteurs ont réagi à la lecture du récit de notre ami Yves.. Oh..! pas pour le contester.. mais plutôt pour y apporter des compléments... Vous avez bien compris que nous sommes dans le monde des garçons.. un peu chapardeurs,
il faut bien le dire.. Figues du figuier.. ou figues de barbarie, elles sont bien tentantes quend on a couru, qu'on a faim et soif.. Si on est en pleine campagne.. Une seule technique, la "caillasse", qu'on trouve facilement... Mais si c'est autour du port que l'on traîne, ou aux abords d'une usine.. la caillasse, en Algérie était facilement remplacée par un morceau de liège ; Avant 1962 déjà le plastique avait fait son apparition.. et la boîte de conserve était remplacée par le haut d'une bouteille en plastique découpée (toujours pour en rendre les bords coupants.. le morceau de roseau était choisi plus gros que le goulot pour que cela ne gisse pas... Ah l'ère moderne.. (12-09-2004)2010 : Par Jean Yves Lafuente : figues de barbarie
nous en avions à la ferme
fallait les cueillir le matin tôt (avec l'extrêmité d'un roseau fendu liée autour un bouchon en liège introduit en force)
les frotter avec des branchages pour en éliminer un max d'épines.
trancher les extrêmités pour pouvoir les saisir entre deux doigts, puis dérouler la peau.
anecdotes :
- risque de "bouchon" intestinal : on nous faisait manger un morceau de pain entre 2 figues !
- pour se débarasser d'éventuelles épines (invisibles) plantées dans la main, soulever la queue d'un cheval, saisir une "mouche de cheval" par les ailes et la promener sur toute la main; efficace paraît-il !
j'en achète encore régulièrement au supermarché du coin en saison, et, sous l'oeil méprisant et incrédule de ma femme et de mes fils, je les déguste en fermant les yeux !
quatre pour cent sous, dis-tu ?
j'en ai acheté UNE à Malte pour 1€ ...
sont forts, ces maltais ! JY L
La Grande ville : Une aire de liberté
Ceci ressort de presque tous les souvenirs qui jaillissent de notre mémoire.. Nous étions à l'âge où nos parents, sans doute obligés d'agir ainsi à cause de nos horaires, de leur travail, nous autorisaient certains parcours qui devenaient l'occasion de rêver des actions extraordinaires,
de faire des rencontres etc...
Jean Pierre MIGLIACCIO a écrit à Hervé PIC le cadet d'Yves, ce petit texte qu'il m'a permis de vous livrer :
"Il n'est pas dans ma nature de vivre avec mes souvenirs, mais j'avoue que l'âge aidant, des détails enfouis au plus profond de mon être ressurgissent de plus en plus souvent, par bribes, diffus, fugaces, à la faveur d'une voix, d'une image, d'un parfum.
Je les avais oubliés ; ils émergent brutalement, et je m'étonne de cette résurgence.
Il est vrai que nous arrivons à un stade où l'action laisse place à la réflexion , et les sites tels que celui de S. Granger nous orientent, nous entraînent vers notre passé et nous encouragent à nous pencher sur nos racines.
Je me souviens bien de Mr. Campiglia et de la cour de l'école Jules Ferry et je pourrais énumérer les noms de nos camarades de classe.
Je me rappelle du chemin que nous faisions depuis le collège Emile Maupas (en haut de la rue Lambert où je suis né) et notre école.
D'abord la rue Gambetta, avec en haut à droite, un petit commerce où l'on vendait des stylos, puis le Monoprix : Je me souviens des différentes étapes du chantier : un trou béant , puis l'édification et enfin de l'engouement suscité par ce commerce d'un nouveau type,importé tout droit de chez nos cousins américains.
Plus bas sur la gauche, un cinéma (l'Empire peut-être), puis nous débouchions sur la rue Nationale, que nous traversions sur des passages cloutés qui portaient bien leur nom.
Devant nous l'imposant monument aux morts qui dominait le square, véritable écrin de verdure traversé par des allées alambiquées dissimulées par une végétation haute et dense. Un loueur de petites carrioles à pédales attelées à des chevaux de bois ou de carton, faisait parfois le bonheur de nos jeudis.
A chaque angle du square avec la rue Nationale, deux petits commerces dont un dédié à la vente de confiseries constituait une étape naturelle ( tubes de coco et réglisse à profusion pour quelque chose comme vingt centimes).
Plus haut l'église avec sa place couverte d'arbres imposants dont les fruits ressemblaient à des toupies.
En prenant à droite , une petite rue calme débouchait sur les « H.B.M ». et sur l'école.
Chacun a ses souvenirs, voilà pour l'occasion une partie des miens, et tous réunis ils font revivre notre passé et tout un monde balayé par le vent de l'Histoire." 6 décembre 2004